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Coup de projecteur sur le métier d'herboriste



Se soigner par les plantes n'est pas une lubie mais un véritable phénomène de société. La demande est croissante, l'offre existe, mais le cadre législatif qui encadre le métier d'herboriste est si obsolète qu'exercer ce beau métier est devenu un vrai casse-tête. Pour la nième fois une tentative Sénatoriale tente de réhabiliter le métier. Peut-on espérer qu'il soit enfin reconnu en France ?


Du côté du Sénat

La Mission d'information sur "le développement de l'herboristerie et des plantes médicinales, des filières et métiers d'avenir" à l'initiative du Sénateur Joël Labbé, a présenté au Sénat son compte rendu le 26 septembre dernier. La mission présidée par la Sénatrice Corinne Imbert est constituée de 27 membres qui ont auditionné une centaine d’acteurs (producteurs, cueilleurs, herboristes, pharmaciens, médecins, universitaires, chercheurs, entreprises industrielles ou artisanales de transformation). Ces travaux ont nourri 39 propositions visant à accompagner l’essor d’une filière porteuse (voir encadré). Joël Labbé expliquait au micro de l'émission de France Inter "CO2 mon amour" du 8 septembre dernier qu'il avait été interpellé à de nombreuses reprises par des professionnels des plantes sur le flou législatif, le non droit et la nécessité de légiférer sur le métier d'herboriste. Il espère vivement que la présentation du rapport évoluera vers des propositions de lois.

Etat des lieux

Si le métier d'herboriste parle à nos ainés, la nouvelle génération ignore tout de ce métier d'un autre âge...et pour cause, il a vu le jour en France en 1312, fut supprimé en 1941 par le Régime de Vichy et jamais rétabli depuis. Marie Roubieu décédée en janvier 2018 était la dernière herboriste officiellement reconnue…Depuis 1941 plus personne n’est autorisé à vendre une plante en tant que remède, mis à part les pharmaciens en officine (loi L659 du Code de la santé publique). La France se trouve donc dans une situation ubuesque et peu banale ! Nos voisins européens reconnaissent et encadrent le métier d'herboriste (Allemagne, Royaume-Unis, Belgique, Suisse...), en France toutes les demandes de régularisation du métier depuis 1941 ont été mises de côté, non entendues par les différents Ministres de la santé. L’Ordre des pharmaciens bénéficie donc du monopole s’agissant de la grande majorité des plantes médicinales. 148 variétés de la pharmacopée française (parmi lesquelles certaines plantes aromatiques), tombées dans le domaine public depuis 2008 peuvent être en vente libre, disponibles en pharmacies, en herboristeries, sur les marchés ou internet sans indications thérapeutiques. Pour les quelques 340 plantes restantes, elles restent réservées aux officines. Pourtant rien de plus facile que de commander en un clic sur le net, sans avis professionnel, ces plantes soi-disant encadrées !


Le métier d'herboriste c'est quoi ? Il consiste à extraire les propriétés préventives et curatives des plantes. L'herboriste maîtrise donc les différentes techniques de préparation, d’extraction et de transformation (production, cueillette, séchage, décoction, macération, infusion…). Il a suivi une formation solide en biochimie, botanique, physiologie et anatomie. Clair et rigoureux, il joue un rôle de conseiller auprès de ses clients auxquels il doit indiquer la posologie adaptée au traitement choisi, sans poser de diagnostic réservé au corps médical. Ne pas confondre l'herboristerie avec la phytothérapie qui est une branche de la médecine et qui repose essentiellement sur l'emploi thérapeutique de plantes médicinales (remèdes à base de plantes : tisanes, poudres, gélules, extraits hydroalcooliques…). Contrairement à l'herboriste, le phytothérapeute ne prépare pas lui-même les remèdes. Seuls les médecins phytothérapeutes peuvent établir un diagnostic et délivrer une ordonnance.

Un blocage qui dure, qui dure...

Les pharmaciens mettent en avant la sécurité du patient et dénoncent les pratiques de charlatans qui improvisent des recettes de guérison dangereuses à base de plantes. La potentielle toxicité de certaines plantes demande une vigilance constante. Si certaines plantes répondent sans risques à certains problèmes de santé, un grand nombre d’entre elles peuvent être redoutablement toxiques. Le naturel n’implique pas pour autant l'innocuité. Ils rappellent que l’histoire de la pharmacie et du médicament est indissociable de celle des plantes médicinales. L’usage des plantes à visées médicales est une pratique ancestrale et culturelle qui a accompagné toutes les civilisations depuis l’époque néolithique. Les plantes médicinales étaient les premiers médicaments. Herboristes et pharmaciens, autrefois appelés apothicaires, sont traditionnellement les moteurs de leur usage. Le développement de la chimie de synthèse a entraîné une nette diminution de l'utilisation des plantes au milieu du XXème siècle et connaît un regain d'intérêt ces dernières d'années avec l'émergence des médecines naturelles et un intérêt porté par la recherche sur les substances d'origine végétale. Les pharmaciens se présentent comme les garants de l'utilisation médicale des plantes. Ils connaissent les risques des effets secondaires et d'interactions avec les médicaments. Pharmaciens et médecins souhaitent rester dans un circuit sécurisé. Ils crient haut et fort que la sécurité maximale du patient reste leur priorité. Difficile toutefois d'écarter la question du monopole du corps pharmaceutique...

Un autre son de cloche

Producteurs, cueilleurs, herboristes aux diplômes non reconnus dénoncent les aberrations du système. Ils en ont assez d'être contraints de jouer sur les mots pour vendre leurs produits à base de plantes. Pour preuve le nombre effarant de tisane "détente" "bonne nuit" "détox"...qui seraient hors-la-loi si elles exprimaient clairement les indications thérapeutiques. Dans l'impossibilité d'ouvrir une herboristerie certains adoptent des noms évocateurs tels que "tisanerie" ou "herbalisterie". Comment expliquer que beaucoup de pharmaciens sensés avoir dans leur officine les plantes dont ils sont les "gardiens", sont dans l'impossibilité de répondre à la demande de leurs clients proposant régulièrement de se rendre en magasin bio ? N'est-il pas aberrant qu'il soit si simple d'acheter les plantes sur certains sites internet de pharmacie sans avoir les conseils qui devraient les accompagner ? Pourquoi médecins, pharmaciens et professionnels des plantes ne réussissent-ils pas à trouver des solutions à l'image de nos voisins européens ? L'herboristerie représente seulement 3 % des ventes des pharmacies, on comprend mieux pourquoi assez peu de pharmaciens se passionnent pour l'herboristerie... et pourtant en 2011, l'Observatoire sociétal du médicament annonçait que 63% des français font confiance à la phytothérapie, et 45% disent y avoir recours. Les herboristes se défendent de vouloir voler la place au corps médical, ils ne souhaitent surtout pas poser de diagnostic, chacun sa place. Ils dénoncent l'hypocrisie du système qui rend possible d'écrire un livre en expliquant les bienfaits des plantes mais qui interdit à un agriculteur herboriste de vendre ses plantes avec les mêmes prescriptions ! Le consommateur est averti des interactions entre l'alcool et les médicaments, ne serait-il pas envisageable de faire de même pour les interactions avec les plantes ? La filière plante ne demande qu'à se développer pour répondre à la demande croissante. Aujourd'hui 80% des plantes sur le marché français sont importées car celles produites en France sont tout simplement plus chères ! Contrairement à d'autres filières agricoles, la filière des plantes n'est pas aidée, elle est pourtant très dynamique. On note 40% de plus de terres cultivées entre 2010 et 2016 et nombreux sont les jeunes agriculteurs à souhaiter se lancer dans l'aventure. Si le consensus n'est pas à l'ordre du jour certains pharmaciens et médecins soutiennent la cause des herboristes, des échanges existent. Les plantes proposent une solution plus douce que les molécules chimiques mais néanmoins efficace. Attention toutefois aux compléments alimentaires fabriqués à base de molécules de plantes, des études pointent du doigts le sous-dosage et la qualité parfois douteuse de certains produits qui n’ont parfois de naturel que le nom.

Où se former ?

Les formations d'herboristerie délivrent des certificats mais aucun diplôme reconnu. En 2014, cinq écoles réputées, choisissent de se regrouper au sein de la Fédération française des écoles d’herboristerie (FFEH) pour parler, témoigner, et débattre de l’avenir des métiers liés à l’herboristerie : l'Association pour le renouveau de l'herboristerie (ARH), l’Ecole des Plantes de Paris, l’Ecole Bretonne d’Herboristerie (EBH), l’Ecole Lyonnaise des Plantes Médicinales (ELPM) et l'Institut Méditerranéen de Documentation, d'Enseignement et de Recherches sur les Plantes Médicinales (IMDERPLAM). Les diplômes universitaires (DU) majoritairement réservés aux médecins, pharmaciens ou vétérinaires sont également une possibilité. L’Université Paris 13 propose un DU en Phytothérapie clinique et l’Université de Lyon 1 un DU Plantes médicinales, phytothérapie et aromathérapie. L'Université de Pharmacie de Paris Descartes a lancé une réflexion sur la possibilité d'une formation professionnelle de phytothérapie ouverte aux professionnels de santé et paramédicaux comme les infirmières. Certains CFPPA (Centre de formation professionnelle et promotion agricole) dispensent un enseignement des techniques de production (reconnaissance, cueillette, culture, transformation) des plantes aromatiques et médicinales (Nyons, Montmorot, Marmilhat). À ce jour, la seule formation d'herboristerie reconnue est celle proposée aux étudiants en pharmacie durant leur cursus, une formation un peu légère aux yeux des herboristes qui militent pour faire reconnaître la richesse et l'étendue de leurs connaissances.


Compte rendu sénatorial en bref

Les propositions soulignent plusieurs points majeurs : la place de l'herboristerie entre patrimoine culturel et développement scientifique ; le soutien d'une production française d'excellence et éco-responsable en plein essor (structuration, formation, cultures bio, création d'un label, développement de la filière Outre-Mer, etc.) ; la mise en place d'une réglementation propre à la vente des plantes médicinales et des huiles essentielles; l'accompagnement au développement de la filière en assouplissant et en levant certains freins réglementaires ; l'intégration à leur juste place des plantes médicinales dans le système de santé (formation, recherche...). Mais voilà ! Le débat sur l’opportunité d’une renaissance de métiers d’herboristes et de formations reconnues et encadrées n'a semble-t-il pas permis d'accorder les violons des professionnels. "Sur ce sujet sensible, la mission a proposé la poursuite de la concertation avec l’ensemble des acteurs pour envisager les conditions d’une reconnaissance éventuelle de métiers d’herboristes, les contours des formations adaptées et les évolutions législatives correspondantes." Il faudra donc encore attendre... compte rendu détaillé sur www.senat.fr


Le Syndicat des simples

Le terme "Simples" était le nom donné au Moyen Âge aux plantes médicinales. Le Syndicat des simples créé en 1982 en Cévennes regroupe une centaine de producteurs cueilleurs de plantes médicinales aromatiques, alimentaires, cosmétiques et tinctoriales, installés en zone de montagne ou dans des zones préservées. On doit beaucoup à leur engagement et leur philosophie pour la protection de l’environnement, la préservation des ressources floristiques, la qualité de la production et le respect du consommateur.

www.syndicat-simples.org


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