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Les pouvoirs immenses du diaphragme

Où se situe et quelles sont les fonctions de ce muscle puissant qui sépare le thorax de l’abdomen ? Il n’a pas seulement une fonction de barrière, il est le principal muscle impliqué dans la fonction respiratoire, le maintenir mobile et détendu est un enjeu majeur pour conserver une bonne santé.


Je suis toujours saisie par le nombre de patients qui viennent consulter et qui respirent à peine...plus exactement ils ont l’impression de respirer normalement alors qu’abdomen et thorax ne bougent quasiment pas ! Il suffit de palper leur abdomen pour se rendre compte qu’il est dur et contracté. Le plus étonnant encore est que très souvent ces mêmes patients n’ont pas conscience qu’ils respirent mal. Mais quand la magie du souffle retrouvé opère, les bienfaits sont nombreux et parfois même spectaculaires.


Au coeur des échanges

Le diaphragme, ce grand muscle strié en forme de voûte concave situé à la base du thorax et qui sépare la cage thoracique de l’abdomen joue un rôle de piston dans le processus de respiration. Plus il est mobile et décontracté plus la capacité respiratoire est grande et rejaillit sur le ressenti général de bien-être. Ce muscle large et mince est renforcé par un centre tendineux. Il est constitué de deux parties : la partie vertébro-lombaire, les piliers du diaphragme, constituant la partie postérieure presque verticale et la partie sterno-chondro-costale, plus horizontale qui se présente sous forme de deux coupoles droite et gauche. Il s’attache sur l’avant des trois premières vertèbres lombaires grâce à ce qui ressemble à des piliers. Ses autres muscles s’accrochent sur le contour de l’ouverture inférieure du thorax au niveau de la pointe du sternum encore appelée appendice xiphoïde ainsi qu’aux côtes flottantes. Plusieurs orifices laissent traverser : l’aorte qui envoie le sang du coeur vers la partie du corps sous diaphragmatique (viscères, membres inférieurs…), la veine cave qui renvoie le sang utilisé vers les poumons, l’oesophage et différents nerfs dont le nerf vague. Le diaphragme est innervé par le plexus coeliaque, les nerfs vagues et le nerf phrénique droit émergeant des cervicales C3-C4 et C51. Il est important de noter que le diaphragme entretient de très nombreuses interconnexions avec les fascias, tissus principalement constitués de collagène qui contiennent quantité de corpuscules aux propriétés proprioceptives majeures. Leurs fibres contractiles sujettes aux spasmes créent dysfonctions et douleurs.


Comment fonctionne le diaphragme ?

Le rôle physiologique du diaphragme dans la ventilation pulmonaire est fondamental, il permet aux poumons d’assurer la fonction vitale de recharger le sang en oxygène. La contraction du diaphragme qui s’abaisse entraîne l’expansion de la cage thoracique, l’air entre dans les poumons, c’est l’inspiration. À l’expiration, la cage thoracique s’abaisse, le diaphragme remonte en se relâchant. Plus précisément ce mouvement de piston, de va et vient, entraîne une modification de pression dans les cavités supérieure et inférieure du diaphragme. À l’inspiration la pression dans la cavité thoracique diminue pour laisser rentrer l’air dans les poumons alors qu’elle augmente dans l’abdomen, massant l’ensemble des organes abdominaux. À l’expiration la pression dans la cavité thoracique augmente expulsant l’air des poumons alors que la pression dans l’abdomen diminue. Plus le diaphragme est souple, mobile, plus sa contraction est puissante et plus le volume d’oxygène inspiré est important. Faut-il rappeler que cet oxygène dont nous ne pouvons pas nous passer est un composant fondamental de l’énergie (ATP ou adénosine triphosphate) dont notre corps a besoin pour fonctionner correctement ? L’ATP est le donneur immédiat d’énergie libre, de très loin le plus important dans les systèmes biologiques.


Le grand brassage

La montée descente du diaphragme au rythme de la respiration mobilise les côtes, le sternum, les vertèbres dorsales et lombaires. Les organes du thorax (coeur, poumons) et ceux de l’abdomen (foie, estomac, rate, pancréas, colon, etc.) sont eux aussi soumis aux changements de pression en lien avec la respiration. Le déplacement du diaphragme assure un massage très efficace, à la fois doux et puissant ! Le foie qui est placé sous la coupole du diaphragme remplit pas moins de 300 fonctions vitales 2 dont la détoxification, l’immunité, le métabolismedes protides, lipides, glucide, l’équilibre de la circulation sanguine. Environ 1,5 L de sang sont filtrés par le foie chaque minute3. La respiration diaphragmatique (cf encadré) décongestionne le foie et aide la vésicule à évacuer la bile. Rate, estomac et pancréas sont massés et tonifiés. Cette pompe qui se contracte environ 20000 fois par jour assure le pompage vasculaire qui favorise les apports artériels nécessaires au fonctionnement des organes, le drainage veineux et lymphatique, le brassage des fluides et assure les transferts d’oxygène, chaleur et de nutriments. La circulation veineuse étant accélérée, le coeur est bien alimenté et toute la circulation générale en bénéficie. Le mouvement de contraction du diaphragme à l’inspiration sollicite le tube digestif permettant le brassage du bol alimentaire, une meilleure digestion et participe à lutter contre la paresse intestinale. La respiration diaphragmatique abdominale profonde met en jeu le système nerveux parasympathique responsable des fonctions involontaires de l'organisme, destiné à tempérer les fonctions neurologiques inconscientes du corps. Il agit principalement sur la digestion, la croissance, la réponse immunitaire, les réserves énergétiques et la relaxation.4


Gare au diaphragme bloqué !

Comme une évidence, si le diaphragme est bloqué, les échanges gazeux (oxygène et dioxyde de carbone) sont insuffisants et le corps qui évacue normalement un maximum d’acides volatils par la respiration s’encrasse et stocke les déchets précipitant l’organisme vers un vieillissement prématuré et de potentiels processus inflammatoires. Les répercussions d’un diaphragme tendu, spasmé, bloqué sont innombrables aussi bien d’un point de vue physiologique qu’émotionnel. Un diaphragme défaillant empêche une bonne respiration et par ricochet des répercussions négatives sur la posture et la bio-mécanique. L’anatomie du diaphragme avec ses attaches, insertions et liens multiples explique combien son mauvais fonctionnement a de nombreux impacts : douleurs cervicales, au niveau du sternum, tensions, raideurs dorsales et lombaires mais également des faiblesses périnéales souvent observées pendant la grossesse. Des études explorent également le lien entre diaphragme et bronchopneumopathie chronique obstructive5 et le syndrome du colon irritable6. Des crispations du diaphragme prive les viscères abdominaux du brassage nécessaire à leur bon fonctionnement (douleurs, digestion difficile, nausées, transit perturbé, ballonnements…).Notons que lorsqu’on mange ou boit rapidement le diaphragme peut se contracter involontairement de façon répétée, c’est le hoquet ! Le bruit est produit lorsque l’air est expiré en même temps que le diaphragme se contracte. Une perturbation émotionnelle, un stress, un choc ou de l’anxiété ont une incidence sur le tonus musculaire qui peut par exemple s’exprimer par un blocage physiologique du diaphragme, respirations claviculaire et thoracique prennent le dessus. L’état psychoaffectif d’une personne est intimement lié à la qualité neuromusculaire de son corps. Mais si la tête influence le corps, les informations circulent également dans l’autre sens ! Un diaphragme crispé, tendu, va contrarier les rouages du système neurovégétatif et donc possiblement dérégler la digestion, la sécrétion d’hormones, la circulation artérielle, etc. Une respiration strictement haute sollicite exagérément le système de vigilance via la branche orthosympathique du système nerveux autonome et de ce fait peut entraîner anxiété, émotivité démesurée, fatigue chronique et difficultés d’endormissement. Les émotions à elles seules viennent modifier la respiration. Qui n’a pas vécu cette sensation de souffle court et de respiration rapide en cas de grosse peur ? de soupir profond en cas de soulagement ou de souffle coupé en cas de douleur ? J’ai remarqué à plusieurs reprises que les patients dont le diaphragme est comprimé ont la sensation d’être refermés sur eux-mêmes, ils ont tendance à tout contrôler, tout diriger dans leur vie. Ils éprouvent le besoin de se libérer, de s’exprimer librement. L’étymologie du mot diaphragme du latin diaphragma emprunté au Grec signifie « cloison », « séparation » est très parlant non ?


Coups de pouce naturels

Parmi les bons tuyaux pour améliorer le fonctionnement du diaphragme, pensez aux oligoéléments comme le magnésium et le phosphore très utiles pour le relâchement musculaire, les états de stress et les spasmes et aux minéraux et vitamines tels que le calcium et les vitamines D et B6 indispensables dans le métabolisme du calcium et du magnésium. Les huiles essentielles de camomille, petit grain bigaradier, ylang-ylang, lavande vraie, gaulthérie, hélichryse italienne, eucalyptus citronné au pouvoir anti-spasmodique et/ou décontractant appliquées mélangées avec de l’huile végétale d’arnica sur les cervicales, les lombaires et le plexus solaire 4 à 5 fois par jour aideront le diaphragme à se détendre.


L’ostéopathie chouchoute le diaphragme

L’ostéopathie qui vise à restaurer la mobilité des structures anatomiques du corps humain, porte une attention toute particulière au diaphragme. Un dysfonctionnent de ce muscle provoque de nombreux troubles. Oppression thoracique accompagnée parfois de palpitations, malaise, difficultés à respirer, troubles digestifs, douleurs dorsales, mauvais retour veineux au niveau des membres inférieurs, dysfonction du périnée ne sont que quelques exemples. En libérant les insertions de ce muscle et rééquilibrant cage thoracique et abdomen, les échanges et l’amplitude respiratoire s’améliorent. Des exercices de respiration seront conseillés par le thérapeute afin d’entretenir la mobilité du diaphragme.7


La respiration diaphragmatique, un atout santé vital !

Si nous souhaitons profiter pleinement de tous les bénéfices de la respiration, c’est vers la respiration yogique complète qu’il faudrait se tourner (respiration abdominale, respiration costale et respiration claviculaire). Concentrons nous ici sur la respiration diaphragmatique, la maîtriser sera déjà un grand pas. Il est préférable de s’exercer en étant couché sur le dos sur un support ferme. Placez une main au niveau du sternum et l’autre au niveau du nombril afin de bien sentir les mouvements qui vont s’enchainer. Un coussin sous les genoux permet de diminuer la cambrure lombaire. Avant l’exercice expirez à fond plusieurs fois de manière à faire le vide de tout l’air. À poumons vides le diaphragme est remonté haut dans la cage thoracique, c’est à ce moment précis que le diaphragme est totalement au repos. Il est bon de s’accorder quelques secondes de répit poumons vides. Tout naturellement l’inspiration redémarre, pendant que l’air entre dans les poumons, l’abdomen gonfle et se soulève suite à l’aplatissement du dôme du diaphragme. L’abdomen se soulève doucement comme un ballon qui se gonfle et la sangle reste souple. Le dos reste relâché et les côtes ne bougent pas. À l’expiration le ventre se dégonfle. La respiration, par le nez, doit être lente, aisée et silencieuse. Avec l’entraînement cette respiration abdominale devient plus ample, relaxée, rythmée et son effet décongestionnant sur le plexus solaire véritable cerveau abdominal végétatif explique son puissant effet calmant. Les activités telles que la sophrologie, le yoga, le taï-chi, le Qi Gong qui apportent une attention particulière au diaphragme sont très bénéfiques.


1http://anatomie-fmpm.uca.ma/wp-content/uploads/2020/08/DIAPHRAGME.pdf

2https://afef.asso.fr/le-foie/le-connaitre/les-fonctions-du-foie/

3https://www.centre-hepato-biliaire.org/maladies-foie/anatomie-foie.html

4S.I Hopper, S.L Murray, L.R Ferrara and al. « Effectiveness of diaphragmatic breathing for reducing physiological and psychological stress in adults: a quantitative systematic review », JBI Database of Systematic Reviews and Implementation Reports, 2019.

5B.Bordoni, F.Marelli, B.Morabito and al. « Depression, anxiety and chronic pain in patients with chronic obstructive pulmonary disease: the influence of breath », Monaldi Archives Chest Disease,2017

6B.Bordoni, B.Morabito, « Symptomatology Correlations Between the Diaphragm and Irritable Bowel Syndrome », Cureus, 2018.


7M. Marti-Salvador, L. Hidalgo-Moreno, J.Doménech-Fernandez and al., « Osteopathic Manipulative Treatment Including Specific Diaphragm Techniques Improves Pain and Disability in Chronic Nonspecific Low Back Pain: A Randomized Trial », Arch. Phys. Med. Rehabil. 2018


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